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    conte Chien de garde

    Depuis la fenêtre de la cuisine je voyais l’étable en torchis qui partait de traviole. C’était là que se posait l’épervier, sur une tuile à moitié sortie, se profilant sur l’étendue blanche de la plaine. Lorsque la maison fut prête – et que je réalisai enfin que j’allais habiter là – je pensai aussitôt à la solution salvatrice : un chien à la mesure du terrain et de la maison, qui monterait la garde jour et nuit sans se soucier du froid glacial. Devant l’étable, au milieu de la cour, j’installai donc la niche de Baruc, un chiot de berger qui aboyait toute la journée après l’épervier, les moineaux, les taupes et tout ce qui bougeait. Son aboiement remplissait les nuits, glissait doucement vers la rivière et se heurtait aux collines.

    Le chiot grandissait et ma sécurité grandissait avec lui. Il devenait de plus en plus méchant et montrait une antipathie particulière pour mes deux voisins, le père Samu et le père Gabi. Il s’approchait de leurs clôtures et aboyait jusqu’à ce sa gueule se remplisse d’écume. Le pire, c’est que je n’avais pas une clôture bien solide. Ça coûtait cher d’en dresser une aussi longue et je n’avais pas encore l’argent nécessaire. Du côté du père Gabi, il y avait une grille en métal, mais un jour, le vieux l’avait faite enlever pour la vendre afin de s’acheter du bois.

    conte Chien de garde

    A la place, ses neveux avaient aligné quelques piquets pourris entre les pauvres arbres qui marquaient la séparation, à moitié morts et déplumés par le vent. Si au moins il m’avait demandé, je lui aurais payé le prix de sa grille pour qu’il la laisse en place. Mais quand j’étais revenu du travail, c’était déjà fait.
    Le lendemain j’avais entendu du bruit et j’avais aperçu Baruc qui s'affairait dans la basse-cour de Gabi, en chassant ses poules.

    Il avait sauté la barrière et s’était effondré avec les piquets et tout le reste sur le tas de volaille qui picorait son grain. Dans la petite basse-cour de Gabi, le chien semblait encore plus gros et plus redoutable. Je l’avais appelé mais il avait fait celui qui n’entendait pas et avait continué à s’occuper de ses oignons.

     

     
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